Carnet de la maison

Kubu Island au Botswana : traverser le pan de Makgadikgadi en 4x4

Publié le 30 juillet 2026 · mis à jour le 30 juillet 2026 · 8 min de lecture

Au milieu du désert de sel de Makgadikgadi, au nord-est du Botswana, un îlot de granit hérissé de baobabs surgit de nulle part : Kubu Island. Ni île ni eau à des kilomètres à la ronde, seulement une étendue blanche qui se perd dans l’horizon et des silhouettes d’arbres vieux de plusieurs siècles. C’est l’un des détours les plus spectaculaires — et les plus méconnus — d’un road trip au Botswana, accessible en 4x4 loué sans guide obligatoire, à condition de préparer sérieusement la traversée du pan.

Kubu Island, l’île de granit au milieu du sel

Kubu Island (ou « Lekhubu ») n’est pas une île au sens propre : c’est un affleurement rocheux d’une dizaine de mètres de haut, posé sur le bord sud-ouest du Sua Pan (aussi orthographié Sowa Pan), l’un des deux grands pans qui composent le désert de sel de Makgadikgadi. Le contraste est saisissant : la roche granitique, couverte de fientes fossilisées d’oiseaux et hérissée de baobabs (Adansonia digitata), plonge directement dans une croûte de sel blanche et craquelée qui s’étend jusqu’à l’horizon, sans un arbre, sans un repère.

C’est ce paysage presque lunaire, associé au silence absolu et à des levers de soleil sans équivalent en Afrique australe, qui a fait de Kubu Island un site culte pour les voyageurs en autonomie et les photographes — sans jamais devenir une destination de masse, faute d’accès facile.

Y aller en 4x4 : l’itinéraire depuis Nata ou Gweta

L’accès classique part de Nata, sur la route goudronnée qui relie Francistown à Maun. Environ 10 km après Nata en direction de Gweta, une piste de terre part vers le sud : elle mène à Kubu Island sur près de 90 km, en longeant puis en traversant le rebord du pan par les villages de la région de Mmatshumo. Comptez deux heures à deux heures et demie de conduite lente, sur une piste sableuse et par endroits tôlée — un 4x4 à haute garde au sol est indispensable, une berline ne passera pas.

Il n’y a aucune station-service ni aucun point de ravitaillement entre Nata et Kubu Island : le plein se fait avant de quitter la route goudronnée, avec une marge confortable, et on embarque plus d’eau que nécessaire. C’est une piste fréquentée par peu de véhicules ; en cas de panne ou d’ensablement, l’assistance ne viendra pas vite.

Prudence sur le pan : quand partir, et quand renoncer

La saison sèche, de mai à octobre environ, est la seule période raisonnable pour s’aventurer sur les pans de Makgadikgadi : la croûte de sel est alors dure et porteuse. En saison des pluies (novembre à avril), cette même croûte peut se rompre sous le poids d’un véhicule, qui s’enfonce alors dans la boue saline en dessous — un enlisement dont on ne se sort pas seul, et qui peut immobiliser un 4x4 pendant des heures, voire l’endommager sérieusement. Après une pluie récente, même en saison sèche, on ne s’engage pas sur le pan ouvert : on se limite aux pistes fermes en bordure.

Deuxième piège, moins spectaculaire mais tout aussi réel : la navigation. Sur le pan, les pistes se dédoublent, se croisent et disparaissent parfois sous le vent, sans le moindre repère visuel sur des kilomètres. Une navigation hors-ligne fiable (type Tracks4Africa, comme pour un self-drive en Namibie) est vivement recommandée, tout comme le fait de prévenir un tiers de son itinéraire et de son heure d’arrivée prévue.

Camper sur l’île : autonomie complète

Kubu Island est un monument national géré depuis 1997 par le Gaing O Community Trust, qui représente la communauté de Mmatshumo et des villages voisins. Le site ne compte ni lodge ni boutique : seul le camping est possible, réparti sur une douzaine d’emplacements nichés entre les rochers et les baobabs, avec de simples toilettes sèches et aucun autre équipement. Tout se prépare à l’avance — eau, nourriture, bois ou gaz, sacs pour redescendre ses déchets.

Un droit d’entrée et un droit de camping sont perçus sur place par un garde du community trust, de l’ordre de 150 BWP par personne et par nuit pour un visiteur international, en plus des frais de véhicule — les tarifs évoluent régulièrement et méritent d’être reconfirmés avant le départ, par exemple auprès de son loueur de 4x4 à Maun ou Kasane. Ces sommes, modestes, financent directement l’entretien du site et reviennent à la communauté qui en a la charge.

Des baobabs millénaires posés sur un lac disparu

Les baobabs de Kubu Island ne sont pas de simples arbres remarquables : certains comptent parmi les plus vieux individus connus de leur espèce, et leur présence même raconte l’histoire géologique du pan. Une étude de Frank Riedel et ses coauteurs, publiée en 2012 dans la revue Quaternary International, a daté au radiocarbone plusieurs baobabs de l’île pour reconstituer l’évolution du paléolac Makgadikgadi : elle montre qu’un lac permanent recouvrait encore le site au début du dernier millénaire, avant que la région ne s’assèche pour former l’étendue de sel actuelle (étude consultable sur Google Scholar : scholar.google.com/scholar?q=Evidence+for+a+permanent+lake+in+Sua+Pan+Kalahari+Botswana+baobab+Kubu+Island).

Marcher entre ces arbres, c’est donc littéralement marcher sur le fond d’un ancien lac aujourd’hui disparu — l’un des plus grands d’Afrique australe à l’époque du Pléistocène. Cette profondeur de temps, presque palpable dans le silence du site, explique pourquoi tant de voyageurs décrivent Kubu Island comme l’un des endroits les plus habités par le passé de tout le Botswana, alors même qu’il n’y a personne.

Que faire sur place : lever de soleil, quad et ciel étoilé

Le rituel incontournable de Kubu Island, c’est le lever et le coucher du soleil sur le pan : quelques pas depuis le camping suffisent pour se retrouver face à un horizon à 360°, sans aucune trace humaine. La nuit, en l’absence quasi totale de pollution lumineuse, le ciel étoilé rivalise avec celui du NamibRand namibien — un bon motif pour rester deux nuits plutôt qu’une.

Pour ceux qui veulent explorer davantage le pan sans s’y aventurer seuls en 4x4, des excursions guidées en quad sont proposées côté Gweta, sur le Ntwetwe Pan voisin, par des opérateurs basés à Planet Baobab ou via les lodges de la région — une bonne option pour combiner autonomie et découverte accompagnée du désert de sel.

Intégrer Kubu Island à un road trip Botswana

Kubu Island se glisse naturellement dans un itinéraire reliant Nata (ou une boucle depuis Kasane et le parc de Chobe) à Maun et au delta de l’Okavango : un détour d’une à deux nuits, à placer après la route goudronnée et avant de reprendre la piste vers le Kalahari central ou Moremi. C’est aussi une excellente étape de transition pour se roder à la conduite sur sable et sur piste isolée avant d’attaquer des parcs plus exigeants.

Notre guide Botswana détaille comment enchaîner ce détour avec le reste d’un itinéraire en autonomie, réservations de campings comprises.

Conseils voyage

Recevez nos conseils de voyage en autonomie

Les méthodes de la maison — budget chiffré, conduite, itinéraires — directement par email. En bonus immédiat : notre extrait gratuit « Les 7 erreurs à éviter pour un premier road trip en Namibie » et le code promo du moment.

Avant de partir

Questions de lecteurs

Peut-on aller à Kubu Island sans guide, en 4x4 de location ?

Oui, l’accès est libre en 4x4 loué, sans guide obligatoire. Il faut en revanche un véhicule à haute garde au sol, du carburant et de l’eau en suffisance (aucun ravitaillement entre Nata et Kubu Island), et une bonne préparation de la navigation sur les pistes du pan.

Quelle est la meilleure saison pour visiter Kubu Island ?

La saison sèche, de mai à octobre environ, quand la croûte de sel du pan est ferme et praticable. En saison des pluies, la croûte peut se rompre et le véhicule s’enfoncer dans la boue saline : mieux vaut éviter le pan ouvert, y compris en saison sèche, juste après une pluie.

Peut-on dormir sur place à Kubu Island ?

Oui, uniquement en camping : la douzaine d’emplacements gérés par le Gaing O Community Trust proposent des toilettes sèches mais aucun autre équipement. Il faut arriver en autonomie complète (eau, nourriture, énergie) et s’acquitter sur place d’un droit d’entrée et de camping modeste.

Combien de temps prévoir pour l’accès depuis Nata ?

Comptez deux à deux heures et demie de piste sableuse et tôlée sur environ 90 km depuis la route goudronnée Nata-Gweta, en 4x4 uniquement. Il n’y a ni station-service ni assistance sur ce tronçon, d’où l’importance de partir avec le plein et des réserves d’eau larges.