Carnet de la maison
Douane et CITES : ce qu’on a (vraiment) le droit de rapporter d’un safari en Afrique
Publié le 7 septembre 2026 · mis à jour le 7 septembre 2026 · 8 min de lecture
Par Clément Lacaille, éditeur · notre méthode
Sur les étals du marché artisanal d’Okahandja, dans les boutiques de Maun ou d’Arusha, les souvenirs de safari s’alignent à côté des sculptures en bois et des bijoux en perles : bracelets d’ivoire, peaux tannées, colliers de griffes. Ce qui se vend librement sur place ne franchit pourtant pas toujours la douane au retour. Chaque année, des voyageurs de bonne foi se font confisquer un souvenir acheté quelques dizaines d’euros — parfois avec des conséquences plus lourdes qu’une simple saisie. Voici ce que dit la réglementation avant de sortir son portefeuille sur un marché namibien, botswanais, kenyan, tanzanien ou sud-africain.
La CITES, un cadre international qui s’applique dès l’aéroport de départ
La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), signée en 1973, encadre le commerce — y compris non commercial, dans les bagages d’un particulier — de plus de 38 000 espèces animales et végétales, réparties en trois annexes selon leur degré de menace. Elle est ratifiée par plus de 180 États, dont la Namibie, le Botswana, le Kenya, la Tanzanie, l’Afrique du Sud et la France.
Dans l’Union européenne, elle est transposée par un règlement sur le commerce des espèces sauvages plus restrictif encore que la convention elle-même sur plusieurs points. Concrètement : ce n’est pas parce qu’un objet se vend en toute légalité sur un marché à Windhoek, Maun ou Arusha qu’il peut légalement franchir la douane française au retour. Les deux réglementations — celle du pays visité et celle de l’UE — s’appliquent l’une après l’autre, et c’est la plus stricte des deux qui compte in fine.
Strictement interdit : ivoire, félins, pangolins, tortues marines
L’ivoire d’éléphant est le cas le plus net. Depuis le 19 janvier 2022, un règlement européen a inversé la logique qui prévalait jusque-là dans l’UE : l’interdiction de commerce est devenue le principe, la dérogation l’exception, réservée à un nombre très restreint de pièces anciennes accompagnées d’un certificat spécifique. Un bracelet ou une statuette en ivoire acheté sur un marché artisanal, même présenté comme « ancien » ou « légal localement », est saisi presque systématiquement au contrôle douanier français, sans recours possible en l’absence de ce certificat.
Les peaux et parties de félins sauvages (léopard, guépard) relèvent de l’annexe I de la CITES — commerce international prohibé — et se retrouvent pourtant, discrètement, sur certains étals informels. Même régime pour les écailles de pangolin, les cornes de rhinocéros ou les carapaces de tortues marines : interdiction totale, aucune tolérance touristique, quelle que soit la façon dont l’objet est présenté sur place.
Le Kenya applique en interne une règle encore plus radicale : après un effondrement de plus de la moitié de sa population d’éléphants dans les années 1970, le pays a interdit toute chasse sportive dès 1977, puis tout commerce de trophées et produits de la faune sauvage dès 1978 — une interdiction toujours en vigueur aujourd’hui. Sur un safari self-drive au Kenya, aucun objet en corne, peau ou ivoire d’origine sauvage ne peut donc être considéré comme un souvenir légal, y compris localement.
Sous permis avant même l’achat : bois précieux, coraux, peaux de reptile d’élevage
Entre l’interdit absolu et le souvenir sans risque existe une zone intermédiaire : sculptures dans certaines essences de bois protégées, coraux, coquillages de certaines espèces, accessoires en peau de python ou de crocodile issus d’élevages agréés. Ces objets relèvent des annexes B ou C et peuvent, en théorie, être importés légalement — mais seulement accompagnés d’un certificat CITES d’exportation délivré par le pays d’achat et, le plus souvent, d’un permis d’importation demandé en France auprès d’une DREAL via le téléservice i-CITES.
Problème pratique : le délai d’instruction de ces permis est généralement de une à quatre semaines, incompatible avec un achat de dernière minute avant un vol retour. Sauf à avoir anticipé la démarche plusieurs semaines avant le départ, mieux vaut renoncer à ces objets plutôt que risquer la confiscation à l’arrivée.
Les souvenirs sans risque : ce qu’on peut acheter tranquillement
Une bonne partie de l’artisanat vendu sur les marchés namibiens et botswanais ne pose aucun problème CITES. Le cuir d’autruche, de koudou ou de buffle provient d’élevages domestiques et n’est concerné par aucune annexe. Les tapis en laine de mouton Karakul, race d’élevage typiquement namibienne, n’ont aucun lien avec la faune sauvage. Les bijoux en coquille d’œuf d’autruche gravée, très répandus dans l’artisanat des communautés san, se rapportent sans formalité particulière, tout comme les sculptures en noix de makalani — le fameux « ivoire végétal » namibien, qui reproduit l’aspect et le grain de l’ivoire animal sans qu’aucune espèce protégée ne soit concernée. Vannerie, poteries, tissus, perles de verre : la grande majorité des souvenirs de safari entrent dans cette catégorie.
Ce qu’on risque réellement à la douane
En droit français, détenir un spécimen protégé sans le certificat requis expose jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 150 000 € d’amende, en plus de la confiscation systématique de l’objet — indépendamment du prix payé ou de la bonne foi invoquée. Côté namibien, les douanes contrôlent aussi les exportations à l’aéroport international Hosea Kutako de Windhoek : un objet litigieux peut donc être bloqué avant même l’embarquement.
Ce risque n’est pas théorique. Une étude publiée en 2020 dans la revue PLOS ONE par les chercheuses Rosemary Hitchens et April Blakeslee, portant sur des milliers de saisies douanières américaines de bagages de particuliers, a montré qu’une part significative des spécimens protégés interceptés provenait précisément de touristes rapportant un souvenir de voyage acheté sans connaître son statut réglementaire, plutôt que d’une intention de trafic organisé — un profil qui correspond exactement à l’achat impulsif sur un marché artisanal en fin de séjour.
Nos conseils avant d’acheter sur un marché artisanal
Demandez systématiquement une facture détaillée précisant la matière et, pour un objet en bois ou en peau, l’espèce concernée. Privilégiez les boutiques identifiables, capables de fournir cette information, plutôt que les vendeurs ambulants. Ne jamais acheter d’ivoire, même présenté comme ancien, en l’absence d’un certificat CITES déjà émis dans les règles — la belle histoire racontée par le vendeur ne vaut rien au contrôle. En cas de doute sur la matière exacte d’un objet (bois sombre non identifié, peau de reptile, corail), mieux vaut s’abstenir que risquer la saisie, et conserver tous les justificatifs jusqu’au retour.
Cette question de douane ne s’improvise pas plus que le reste de la préparation d’un road trip en autonomie — assurance, permis de conduire international, budget. Notre guide « Namibie en autonomie » consacre un chapitre aux formalités et à la sécurité, pour éviter ce genre de mauvaise surprise au moment de refaire les bagages avant le vol retour.
| Souvenir de safari | Statut CITES / UE | Verdict |
|---|---|---|
| Bijou ou statuette en ivoire d’éléphant | Annexe A UE, interdiction quasi totale depuis 2022 | À éviter absolument |
| Peau ou fourrure de félin sauvage (léopard, guépard) | Annexe I CITES | Interdit, saisie quasi systématique |
| Sculpture en bois protégé, corail, peau de python/crocodile d’élevage | Annexe B/C, permis requis | Permis CITES obligatoire avant l’achat |
| Cuir d’autruche, de koudou ou de buffle | Non concerné (élevage domestique) | Sans risque |
| Bijoux en coquille d’œuf d’autruche, noix de makalani | Non concerné | Sans risque |
| Tapis en laine Karakul | Non concerné (élevage ovin) | Sans risque |
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Avant de partir
Questions de lecteurs
Peut-on rapporter une peau de zèbre ou de springbok achetée en Namibie ?
Le zèbre et le springbok ne figurent pas aux annexes CITES : largement présents dans les fermes de gibier namibiennes, ce ne sont pas des espèces menacées. Une peau tannée achetée avec facture dans une boutique établie peut en principe être rapportée. Demandez tout de même une facture précisant l’espèce et l’origine (élevage ou ferme de gibier).
Que risque-t-on si l’on rapporte un objet interdit sans le savoir ?
La bonne foi ne protège pas de la confiscation : l’objet est saisi au contrôle, et une infraction avérée expose jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 150 000 € d’amende en droit français. Dans la pratique, la plupart des voyageurs s’en tiennent à la perte de l’objet, mais le risque juridique existe bel et bien.
Les bijoux en coquille d’œuf d’autruche posent-ils un problème CITES ?
Non : l’autruche n’est pas une espèce protégée par la CITES, et ces bijoux, très répandus dans l’artisanat namibien, se rapportent sans formalité particulière.
Comment savoir si un souvenir nécessite un permis avant l’achat ?
Demandez au vendeur l’espèce exacte et l’origine de la matière (élevage ou prélèvement sauvage) et exigez une facture qui le précise. En cas de doute — bois sombre non identifié, peau de reptile, corail — mieux vaut consulter la liste des espèces protégées sur l’application i-CITES avant l’achat, ou simplement s’abstenir.